Orianne quitta la pièce voûtée. Elle longea un couloir étroit, bordé de cloisons rugueuses où l’air devenait plus humide, plus dense. C’était une partie du navire qu’elle n’avait pas encore explorée. Peu avant, c’est dans un recoin dissimulé sous une latte disjointe qu’elle avait trouvé l’objet. Une vieille boussole, assez spéciale. Son boîtier était en cuivre terni, gravé de symboles oubliés, et la vitre laissait entrevoir une aiguille qui tremblait doucement, comme mue par une volonté propre. Dès qu’Orianne l’avait tenue entre ses mains, elle avait compris : cette boussole n’indiquait pas seulement le nord. Elle indiquait où elle devait aller.

Lumi marchait à ses côtés, silencieux, son pelage captant les reflets diffus des lanternes. Il semblait lui aussi attiré par quelque chose, comme s’il sentait la direction à suivre.

Portée par cette étrange confiance, elle arriva devant une porte massive, à demi dissimulée dans l’ombre d’un recoin du couloir. Le bois, gonflé par l’humidité, portait les marques du temps : des entailles anciennes, des traces de sel incrustées, et un battant fendu par endroits.

Elle tendit la main vers la poignée, mais la porte résista. Verrouillée.

Un souffle passa dans le couloir, soulevant un léger frisson sur sa nuque. Orianne s’agenouilla, attirée par un éclat fugitif. Lumi s’arrêta juste derrière elle, immobile, les oreilles pointées vers la porte comme s’il écoutait lui aussi. Elle approcha son œil du trou de la serrure.

Là, dans la pénombre de la pièce interdite, une faible lueur brillait. Une lumière chaude, dorée… irréelle. Et au centre de cette clarté : une clé. Suspendue ou posée, elle ne pouvait le dire avec certitude, mais elle était là, nimbée d’une aura presque vivante. Elle semblait l’attendre.

Un instant, Orianne crut entendre un battement, lent et profond — comme si le navire lui-même retenait son souffle.