Elle s’approcha du navire miniature, fascinée par la minutie de sa construction. Tout était incroyablement détaillé : les voiles tendues, les cordages tressés, les hublots minuscules. Mais en contournant lentement le socle, son regard fut attiré par une anomalie presque imperceptible.

Un morceau de la coque, légèrement disjoint. Une lame de bois plus fine, aux bords subtilement découpés, comme si elle avait été conçue pour s’ouvrir, mais sans attirer l’œil.

Orianne effleura le bois du bout des doigts. Elle sentit un petit jeu sous la surface, puis poussa doucement. La pièce s’ouvrit dans un glissement feutré, révélant une minuscule cavité dissimulée dans la coque. À l’intérieur, un tout petit parchemin, soigneusement roulé, maintenu par un fil noirci.

Elle s’en saisit avec précaution, s’éloigna de quelques pas, et s’assit sur un coffre renversé, là où la lumière tombait d’une lucarne fendue…Lumi s’était allongé à ses pieds, en boule, paisible, sa respiration lente comme un écho au calme retrouvé.

Elle déroula lentement le petit parchemin, retenant presque sa respiration. Les mots tracés à l’encre brune, aussi délicats qu’un murmure, s’inscrivirent dans son esprit comme une voix revenue d’un autre temps.

Elle relut la phrase plusieurs fois, sans se presser. Il n’y avait pas de code, pas de carte. Juste une pensée déposée là, comme une bouteille à la mer, destinée à elle seule.

Elle resta ainsi, assise dans le silence, le regard perdu entre les ombres du manoir et les reflets pâles de la lumière filtrée. Lumi n’avait pas bougé, mais elle sentait sa présence chaude et rassurante, contre sa jambe.

Puis, doucement, une émotion plus ancienne remonta à la surface. Pas liée à l’énigme. Ni au voyage.

Juste à lui.

Elle rangea le parchemin contre son cœur, puis fouilla dans sa sacoche. Elle retrouva une petite pochette de cuir, et l’ouvrit avec lenteur.

Des photos. Froissées, fanées, précieuses. Elle et Benoît, le long d’un quai, un carnet entre eux. Un portrait d’eux plus jeunes, les yeux rieurs, entourés de cartes griffonnées. Un cliché en noir et blanc où il lui tendait une vieille boussole, le regard brillant d’une fierté discrète. Elle resta là un long moment, dans la lumière dorée du jour qui s’éteignait.

Et pour la première fois depuis longtemps, Orianne ne cherchait pas d’indice. Juste un instant d’équilibre. Un souvenir pour ne pas oublier pourquoi elle avançait.