Le temps avait ralenti dans les ruines du manoir. Mais dehors, le monde n’attendait pas.
Orianne rangea les photos avec soin, remit le parchemin dans sa sacoche, et se leva lentement. Une dernière fois, elle jeta un regard autour d’elle. Aux murs fendus. Aux poutres noircies. À la poussière dorée qui flottait encore dans la lumière. Puis elle franchit le seuil.
Le vent avait changé.
Lumi s’engagea à sa suite, silencieux, comme une ombre fidèle entre les rayons déclinants.
Elle marcha sans se retourner, quittant le manoir par le même sentier, mais avec cette sensation étrange que le lieu s’était déjà refermé derrière elle.
Devant elle, les paysages s’étaient ouverts comme une page neuve.
Elle traversa d’abord de larges champs vallonnés, couverts d’herbes hautes qui ondulaient sous les souffles du soir. Le ciel, vaste et mouvant, semblait suivre ses pas. Quelques arbres solitaires ponctuaient l’horizon, silhouettes immobiles dans cette mer végétale. Lumi courait parfois devant elle, disparaissant dans les herbes, puis revenant, oreilles dressées, alerte.
Plus loin, les terres s’abaissaient lentement, et les couleurs se faisaient plus sombres.
Plus loin, des marais se dessinaient, aux eaux calmes et profondes, bordés de roseaux frissonnants.
Chaque pas la menait un peu plus loin et un peu plus près de ce qui l’attendait.
Elle ne savait pas encore, mais elle n’était pas encore au bout de ses peines…