Ce n’est qu’après des jours de recherche qu’elle le vit enfin, depuis un sommet surplombant la côte : un lac, isolé dont la forme et les reliefs rocheux formaient une silhouette nette. Un œil immense et paisible, figé dans l’écrin du paysage.

Le lac était d’une limpidité rare. Les eaux, d’un bleu profond, semblaient absorber les nuages eux-mêmes. Elle descendit vers la rive, guidée par les mots du poème et cette étrange intuition née du silence qui entourait les lieux.

Sans attendre, elle prépara son équipement. Lumi, inquiet, resta sur la rive, les yeux fixés sur elle. Il grattait doucement le sol de ses pattes avant, comme s’il voulait la suivre mais savait que ce n’était pas sa place.

Puis Orianne s’enfonça dans l’eau.

La descente fut lente et calme. Les rayons du soleil filtraient à travers la surface, transformant les profondeurs en un monde d’ombres bleutées. Sous elle, les contours d’un objet apparaissaient peu à peu : un grand coffre, pris dans une cage de fer et caché sous un amoncellement de pierres.

Elle s’approcha, ses gestes précis malgré le froid. Dans une poche étanche de sa combinaison, elle avait glissé la vieille clé rouillée trouvée des semaines plus tôt. Elle la sortit, la glissa dans la serrure de fer… et tourna doucement.

Le déclic fut sourd. La cage s’ouvrit.

Quelques minutes plus tard, elle remontait à la surface, le coffre hissé sur une planche flottante. Lumi accourut vers elle lorsqu’elle rejoignit la berge, trempée et haletante. Il posa une patte contre le coffre, et poussa un léger couinement, comme pour dire : “Ouvre-le.”

Elle souleva lentement le couvercle. À l’intérieur, un nouveau petit totem en bois sombre reposait dans un tissu épais. Il était presque identique au premier. Même forme, même finesse dans les gravures. Mais cette fois, la pierre au centre était d’un bleu encore plus intense, sertie dans un cercle d’or vieilli.

Elle le prit dans ses mains, le tourna doucement.

Dans le coffre, sous le tissu protecteur, elle découvrit un second compartiment. Des parchemins anciens y étaient soigneusement roulés, leur cuir jauni marqué de sceaux brisés. Orianne les prit un à un. Il y en avait plusieurs.Des cartes, des croquis, des segments de paysages à l’encre noire, annotés parfois de symboles énigmatiques ou de mots presque effacés par le temps.

Elle prit le temps de tout plier avec soin, et rangea les cartes dans sa sacoche, une à une. Le totem, lui, fut glissé contre son cœur, enveloppé dans son étoffe. Elle leva les yeux vers le ciel. Le vent soufflait doucement à travers les cimes des arbres bordant le lac. Le second pilier était à elle.