Orianne avait marché jusqu’à ce qu’elle trouve un coin tranquille. Une hauteur douce, couverte d’herbe souple et bordée d’un vieux muret de pierres sèches. Derrière elle, le lac disparaissait lentement dans la brume du matin, comme un souvenir déjà lointain.

Elle posa sa sacoche sur la pierre plate, s’assit, et étala devant elle les cartes récupérées dans le coffre. Le soleil était encore bas, projetant une lumière dorée sur les parchemins usés. Lumi s’était couché à ses pieds, le museau posé sur ses pattes croisées, les yeux mi-clos, mais toujours attentif.

Il y en avait une dizaine. Toutes différentes.

Certaines étaient claires et précises, montrant des reliefs nets, des rivières, des sentiers. D’autres, plus anciennes, semblaient n’être que des croquis griffonnés à la hâte, des silhouettes de montagnes ou de ruines, à peine identifiables. Mais toutes avaient un point commun : une petite marque, quelque part sur le papier. Un cercle. Un point. Un symbole. Discret, mais répété. Comme une signature que Benoît aurait laissée volontairement, en prévision.

Orianne les regardait l’une après l’autre, comparant les reliefs, les directions, les fragments. Elle tentait de comprendre. Pas seulement ce qu’elles montraient, mais comment elles s’imbriquaient. Comme si elles formaient les pièces d’un puzzle plus vaste. Lumi releva la tête, ses yeux s’attardant sur l’une des cartes que le vent avait fait glisser à l’écart. Orianne la récupéra et fronça les sourcils.

Un détail venait de lui sauter aux yeux : sur le revers d’un parchemin, presque invisible à la lumière rasante, un mot avait été gravé dans la fibre du papier, comme incisé au couteau. Elle passa doucement les doigts sur la gravure. Un lieu ? Un indice ?

Elle plia les cartes avec soin, les rangea dans l’ordre qu’elle avait établi, et se releva. Le vent s’était levé tandis qu’un nouveau chemin s’était dessiné. Ce chemin l’avait menée à travers une succession de collines basses, parsemées de bosquets et de murets effondrés. Le vent soufflait de biais, secouant les herbes hautes et jouant avec les bords de ses cartes, bien à l’abri dans sa sacoche.

C’est au détour d’un sentier oublié qu’elle l’aperçut.

Une petite tour de pierres, seule au milieu des champs. Ni fortification, ni habitation. Peut-être un vieux moulin, oublié du temps. Ses murs ronds étaient couverts de mousse et de lichens, et quelques pierres s’étaient effondrées près de la base. Pourtant, la structure tenait encore debout, dressée comme un vestige volontaire dans le paysage ouvert.

Lumi s’était arrêté à quelques mètres de l’entrée. Il leva le museau, renifla longuement, puis se coucha sans bruit, comme s’il comprenait qu’ici, quelque chose demandait du silence.

Orianne s’approcha lentement. La porte, ou ce qu’il en restait, était entrouverte. Un battant de bois, gonflé par les pluies, pendait sur ses gonds rouillés. Elle le poussa doucement. À l’intérieur, l’air était frais, chargé d’humidité et de poussière ancienne.

La lumière entrait par un étroit oculus au sommet, traçant un cercle doré sur le sol pavé de pierres inégales. Le silence régnait, profond, presque solennel.