Le paysage avait changé. Peu à peu, les arbres s’étaient espacés, remplacés par des étendues ouvertes, battues par le vent. Des collines basses ondulaient à perte de vue, couvertes de bruyères sombres et de touffes d’herbes épaisses aux teintes violacées. Et partout, la brume. Une brume lente, presque vivante, qui rampait sur le sol, enveloppait les rochers, s’accrochait aux moindres aspérités.

Orianne avançait sans parler. Le silence n’était jamais complet ici. Il y avait toujours un souffle. Un murmure.

Lumi restait proche, plus proche qu’à l’accoutumée. Son pelage s’humidifiait sous la brume, et ses oreilles pivotaient constamment, captant des bruits qu’Orianne ne percevait pas.

Les pierres, par endroits, formaient des cercles disjoints, dressées comme des veilleurs immobiles. Orianne passa près d’un muret écroulé, recouvert de lichens argentés. Derrière, une lande plus haute, presque noire, se dessinait dans la brume. Et là, sur une hauteur à peine visible, elle crut entrevoir une forme. Quelque chose d’immobile. D’imposant. Peut-être une pierre. Peut-être autre chose.

Elle s’arrêta un instant, écouta. Lumi leva la tête en même temps qu’elle. Ses pupilles s’étaient rétrécies, mais il ne montrait aucune peur.

Il n’y avait plus vraiment de chemin. Juste une direction. La vallée semblait les appeler.