L’aventure d’Orianne l’avait peu à peu conduite vers des terres plus arides. La végétation s’était faite plus rare, plus basse. Les arbres se tordaient en silhouettes maigres, les feuillages pâlissaient sous un ciel plus clair. À mesure qu’elle avançait, le vert laissait place à l’ocre, puis au sable, puis à la pierre nue.

Les herbes devenaient sèches et éparses, accrochées aux creux du relief comme des souvenirs résistants. La terre craquait parfois sous ses pas. Et l’air, plus sec, semblait aspirer les sons. Le silence s’installait doucement, entre deux rafales de vent chaud.

Lumi trottinait à ses côtés, plus lentement que d’ordinaire. Lui aussi sentait que ce paysage n’était pas tout à fait comme les autres. Pas hostile… mais différent. Un lieu où les choses anciennes s’effaçaient lentement, mais où quelque chose persistait malgré tout.

Orianne s’arrêta un instant au sommet d’un replat. Devant elle, le monde s’était ouvert : une étendue sèche, parsemée de formations rocheuses étranges, de petites arches sculptées par l’érosion, et de creux sableux aux formes mouvantes.

Le soleil n’était pas encore brûlant, mais il dessinait déjà des ombres nettes.

La chaleur était montée lentement. Pas suffocante, mais enveloppante, comme une couverture de lumière sèche. Orianne avançait d’un pas régulier, les yeux plissés, guettant les creux, les formes, les ombres. Le sol semblait stable… jusqu’à ce que ses pas deviennent plus lourds.

Elle s’en rendit compte trop tard. Le sable sous elle avait changé de texture. Plus fin. Plus mouvant.

Elle s’arrêta net. Puis, en une fraction de seconde, sentit ses pieds s’enfoncer. Lentement, mais sûrement.

Elle tenta de reculer, mais le sable résistait. Chaque geste trop brusque l’enfonçait un peu plus. Le calme revint aussitôt dans sa respiration. Pas de panique. Juste… réfléchir.

Lumi était là, figé quelques mètres plus loin, sur une langue de pierre stable. Il la regardait, les oreilles droites, les yeux brillants. Pas d’agitation. Pas d’aboiement. Mais un mouvement précis. Il s’approcha du bord sans un bruit, puis se pencha vers un amas de roche et de racines sèches. Ses pattes grattèrent doucement. Il tira. Et fit glisser hors de la poussière une longue liane souple, échappée d’une touffe de végétation tenace qui avait poussé là, presque seule.

Lumi la saisit entre ses dents, la traîna jusqu’au bord du sable mouvant. Puis, avec calme, la lâcha, juste à portée de la main d’Orianne.

Elle la vit. Tendue. Ancrée. Une issue.

Elle tendit le bras avec lenteur, saisit la liane, testa sa résistance. Elle tint. Alors, centimètre par centimètre, elle se hissa. Le sable luttait, glissait sous elle, mais elle ne fléchit pas.

Quand elle atteignit enfin le bord, haletante, couverte de poussière, Lumi l’attendait, immobile. Elle s’effondra sur le côté, ferma un instant les yeux, puis leva la main vers lui. Il s’approcha, posa son front contre sa paume. Ils restèrent là, un moment. Sans mot. Sans bruit. Juste un souffle retrouvé.