Orianne émergeait d’un sentier boisé pour découvrir soudain l’étendue argentée du tout petit lac aux eaux claires. Le fracas lointain des vagues de la mer toute proche se mêlait au silence paisible qui régnait ici. Devant elle, le lac s’étend comme un miroir limpide encadré par des roseaux et quelques rochers polis. La lumière du matin caresse la surface de l’eau, y déposant des reflets d’or et de turquoise qui dansent avec douceur.
Orianne avança lentement sur la berge enherbée. À mesure qu’elle s’approchait de l’eau, elle pouvait voir le fond du lac tant l’eau est pure : des galets blancs et quelques poissons qui s’éclipsent dans un scintillement furtif. Tout y était calme, presque immobile. Seules de légères ondulations troublaient par instants la surface, comme si le lac respirait doucement. Au centre, une zone demeurait étrangement lisse, un cercle de tranquillité parfaite qui captait immédiatement son regard.
Sur la rive, un vieil arbre solitaire était penché vers l’eau tel un sage contemplant son reflet. Son tronc noueux et tordu portait les marques du temps et des tempêtes passées. L’une de ses branches, longue et basse, s’étirait au-dessus de l’onde claire. Elle semblait pointer du doigt le centre paisible du lac, désignant précisément le rond immobile aux eaux cristallines. Intriguée, Orianne s’approche de l’arbre et pose sa main sur l’écorce rugueuse couverte de lichen.
Le cœur d’Orianne battait un peu plus vite, sans qu’elle sache vraiment pourquoi. Une émotion la submerge, mêlée de respect et d’émerveillement devant la beauté du lieu. Chaque détail, la clarté de l’eau, le chant discret du vent dans les feuilles, l’inclinaison protectrice de l’arbre, lui donnait l’impression d’entrer dans un sanctuaire naturel.
Elle s’agenouilla lentement, retira son manteau, puis ses bottes, les rangea soigneusement. Sans rompre le silence, elle entra dans l’eau, un pas après l’autre. La surface accueillit son corps sans résistance. L’eau était froide, mais pas hostile. Elle glissa dessous avec souplesse, portée par la clarté liquide.
Sous la surface, tout était net. Les galets blancs, les herbes souples, les ombres calmes. Au centre, là où la branche semblait pointer, elle distingua une forme sombre, dissimulée dans une légère dépression du fond.
Elle plongea.
Quelques brassées suffirent. Ses doigts rencontrèrent le bois lisse d’un petit coffre, partiellement enfoui entre les pierres. Elle le dégagea avec précaution, le serra contre elle, puis remonta lentement.
Quand elle ressortit de l’eau, Lumi s’était avancé jusqu’à la rive, les pattes dans l’herbe mouillée.
Orianne déposa le coffre sur une pierre plate, encore ruisselante, et s’assit à ses côtés, essoufflée, les mains posées sur le bois trempé. Orianne e l’ouvrit pas tout de suite. Elle le contempla un instant, les yeux fixés sur la serrure usée, le cœur battant doucement.
Elle savait ce qu’il contenait.
Orianne fit glisser ses doigts le long des contours du couvercle. Le bois, saturé d’eau, avait foncé. Il portait les traces du temps, mais tenait encore bon. Elle saisit la serrure rouillée, la fit céder d’un geste lent. Un déclic discret, presque timide. Le couvercle s’ouvrit.
À l’intérieur, protégé dans un tissu grossier, reposait un quatrième totem. Il était plus petit que les autres. Son bois, plus clair, avait été sculpté avec une précision sobre. Mais ce qui captait le regard, c’était la pierre enchâssée en son centre. Une pierre rouge. Intense. Un rouge profond, vibrant, comme un feu ancien contenu dans le calme. Elle ne brillait pas. Elle irradiait.
Orianne le prit dans ses mains. Lumi s’approcha, posa son museau sur son genou.
Ils restèrent là, un moment, à regarder le totem, sans rien dire.
Quatre. C’était le dernier. Et maintenant… le vrai voyage pouvait commencer.