Les jours qui suivirent sa découverte dans le phare furent marqués par le silence et la marche.
Orianne avançait sans hâte, portée par une piste ténue, une annotation sur une vieille carte, griffonnée à la hâte dans les marges, presque dissimulée. Le paysage changea progressivement. Les arbres laissèrent place à une lande ouverte, battue par les vents, où le sol était jonché de pierres et de végétation rase. Tout semblait s’étirer à perte de vue, dans une monotonie d’apparence, mais Orianne savait : ce genre d’endroit ne se montrait jamais tel qu’il était. Lumi trottait non loin d’elle, ses pattes frôlant la terre sèche, son regard alerte scrutant chaque recoin du paysage silencieux.
Elle marcha longtemps.
Puis, elle vit les pierres dressées.
Elles formaient un passage naturel, un couloir de monolithes anciens, usés par le temps, marqués de lignes qu’on aurait pu prendre pour de l’érosion. La brume se leva doucement, rendant chaque silhouette incertaine. Et le vent cessa.
Ses pas résonnaient sur la terre dure. Puis vint l’éboulis. Un amoncellement de pierres bloquait le chemin. Frustrée, elle s’arrêta, ferma les yeux, respira lentement. Puis reprit sa marche, pas vers l’obstacle, mais autour. C’est alors qu’elle le vit.
Au détour d’un arc de pierre presque effondré, un sentier étroit, invisible depuis l’axe principal, s’enfonçait dans une légère descente. Et là, au creux d’un vallon bordé de chênes tordus et de ronces, se dressait une bâtisse oubliée.
Un vieux manoir.
Presque avalé par la végétation, ses murs couverts de lierre, ses fenêtres brisées, ses fondations rongées par les saisons. Le crépuscule baignait les pierres d’une lumière dorée, irréelle.
Elle s’approcha sans un mot. Les grandes portes, craquant sous leur propre poids, cédèrent lentement. L’intérieur était plongé dans une pénombre poussiéreuse. Le hall, vaste et abandonné, semblait figé dans le temps. Des meubles renversés, des portraits aux visages effacés, des tapisseries déchirées. Et une carte, clouée sur un mur effondré, marquée d’un symbole en forme d’étoile. Elle la décrocha. Les couloirs du manoir étaient un labyrinthe. Certains menaient à des escaliers qui semblaient infinis, d’autres s’enfonçaient dans des pièces vides aux plafonds trop bas ou aux murs trop courbes. Rien n’était stable. Rien ne semblait réel. Lumi restait près d’elle, parfois s’arrêtant devant une porte, d’autres fois détournant les yeux, comme s’il pressentait les endroits à éviter.
La carte devenait floue dans sa main, tant elle doutait de ce qu’elle voyait. Mais elle avançait. Parce qu’elle savait que le manoir ne cherchait pas à la piéger… Il testait sa volonté.