Le matin s’était levé sur une lumière froide, filtrée par les nuages gris. Orianne marchait depuis plusieurs heures, suivant l’orientation tracée par les étoiles la veille. Le paysage s’était durci : les collines s’étaient resserrées, les pierres se faisaient plus tranchantes, et l’air, plus sec, portait une odeur minérale.C’est là qu’elle arriva au bord du ravin.
Un pont suspendu reliait les deux rives. Des planches de bois grossières, tenues par de longues cordes effilochées, formaient un passage étroit et oscillant. Il n’y avait pas d’autre voie. Pas de détour. Seulement ce pont, et l’abîme en dessous.
Orianne posa une main sur la corde, testa sa souplesse, puis un pied sur la première planche. Un grincement. Un frisson. Mais le bois tint.
Elle avança, lentement. Les planches claquaient sous son poids, certaines légèrement disjointes. À mi-chemin, une bourrasque plus forte que les autres la fit vaciller. Elle s’accroupit aussitôt, cherchant l’équilibre. Le pont tanguait, vivant sous ses pas.
Une planche se brisa net sous sa chaussure. Elle se rattrapa d’une main, s’accrochant à la corde, les jambes suspendues dans le vide un bref instant. Son souffle s’était coupé, mais elle ne bougea pas. Elle attendit. Puis reprit.
Mètre après mètre, elle progressait. Regard bas. Mains serrées. Chaque pas était mesuré, calculé, retenu.
Quand elle atteignit enfin la rive opposée, ses jambes tremblaient. Mais elle ne s’arrêta pas.
Elle s’écarta du bord, s’agenouilla un instant pour reprendre son souffle, les doigts encore crispés. Lumi la rejoignit rapidement puis vint poser doucement sa tête contre son genou.
Elle ferma les yeux. Elle était de l’autre côté. Et la route, à nouveau, s’ouvrait devant elle.