Orianne avait atteint les hauteurs en fin d’après-midi, portée par ce sentier discret qui l’avait guidée jusqu’au sommet. Là-haut, le vent était plus franc, et tandis que la clarté du jour déclinait, la montagne s’étirait en silence sous un ciel large. Au sommet, Orianne avait remarqué un petit monticule de pierres sèches, empilées à la main, pas plus haut que la taille.
Orianne s’en approcha.Elle tendit la main, déplaça la pierre supérieure avec précaution, puis une autre, plus plate. Le bruit des pierres sur les pierres résonna doucement. Et là, au creux de ce petit sanctuaire minéral, elle le vit.
Un totem.
Finement sculpté, de bois sombre, patiné par le temps. Ses traits étaient différents des précédents. Plus épurés. Plus nets. Au centre de sa poitrine, une pierre d’un vert si profond que le regard hésitait à en revenir, était enchâssée dans un cercle d’or vieilli. La pierre était sombre et lumineuse à la fois.
Orianne saisit le totem à deux mains. Lumi s’était assis juste à côté, immobile. Elle le glissa contre elle, dans la poche intérieure de son manteau. Et resta là un moment, le regard porté au loin, vers tout ce qu’il restait encore à traverser.
Et resta là un moment, le regard porté au loin, vers tout ce qu’il restait encore à traverser. Puis elle se releva, fit un dernier tour sur elle-même pour imprimer le paysage dans sa mémoire, et prit le chemin du retour.
La descente fut plus douce. Le vent s’était calmé. Les ombres s’allongeaient lentement sur les pentes, et les pierres, sous ses pas, semblaient plus stables. Il n’y avait plus d’urgence, plus de tension. Seulement ce relâchement après l’effort, cette clarté qui suit l’accomplissement.
Le chemin s’était adouci, glissant entre les collines comme une ligne oubliée. C’est là qu’elle sentit une odeur inhabituelle dans l’air. Un parfum minéral, doux, presque salé. Elle quitta un instant le sentier pour suivre un petit vallon bordé de pierres rondes et humides. Au creux d’un renfoncement de la terre, elle aperçut un bassin naturel, à demi caché par la vapeur qui s’élevait doucement. L’eau était claire, d’un bleu léger, et des reflets pâles glissaient à sa surface. Une source chaude.
Orianne déposa son sac contre une pierre plate, ôta ses bottes et plongea lentement dans l’eau. La chaleur l’enveloppa aussitôt, douce et silencieuse, effaçant les tensions d’un seul geste.
Lumi, après un instant d’hésitation, s’approcha du bord, toucha l’eau du museau… puis se glissa dans le bassin à son tour. Il ne nagea pas : il flotta doucement, ses pattes repliées, les yeux à demi clos.
Ils restèrent là un long moment. Ni le ciel, ni les pierres, ni les herbes n’avaient besoin de bouger. Tout semblait en équilibre. Juste la chaleur, l’eau, et la respiration tranquille de deux êtres qui reprenaient leur souffle.
Puis, quand le soleil eut baissé un peu, Orianne quitta le bassin, remit ses affaires avec lenteur. Elle se sentait lavée, intérieurement. Prête à poursuivre sa route.