Orianne avait quitté la tour au matin, alors que la brume s’accrochait encore aux herbes hautes et aux pierres froides du sentier. Le vent s’était calmé, et l’air portait cette odeur de terre humide et d’ardoise chauffée qui précède souvent les longues marches solitaires.

Lumi ouvrait la marche, vif et tranquille, trottant à travers les talus et les creux, parfois disparaissant dans les fourrés, parfois surgissant juste devant elle comme une flèche de lumière.

Ils avançaient depuis plusieurs heures quand Orianne remarqua qu’il ne répondait plus à son sifflement doux. Elle s’arrêta, fronça les sourcils. Le silence alentour semblait plus épais. Un cri bref. Aigu.

Elle courut dans la direction d’où il venait, traversa un bosquet de genêts, et finit par le retrouver au bord d’un petit ravin creusé par un ruisseau souterrain. Lumi était là, les pattes trempées, tremblant légèrement, le pelage couvert de boue. Il s’était approché trop près d’un terrain instable, et avait glissé dans une flaque profonde. Il la regarda, penaud mais fier, comme s’il voulait faire croire que tout allait bien.

Elle s’agenouilla, essuya doucement ses pattes avec un tissu sec, le rassura d’une voix basse. Puis elle sourit. « Lumi… »

Lumi couina doucement et frotta son museau contre sa main. Il n’avait rien, juste un peu d’orgueil froissé.

Ils reprirent la route, un peu plus lentement cette fois. La lumière de l’après-midi perçait entre les arbres épars, et devant eux, une vallée s’ouvrait peu à peu, large et ondoyante, ponctuée de fermes abandonnées, de pierres couchées, et de souvenirs oubliés.

Lumi avançait de nouveau, plus prudent cette fois. Et Orianne, en silence, traçait dans sa tête les contours du prochain mystère.