Le sentier de l’autre rive s’était vite effacé. Il n’y avait plus de traces, plus de repères. Juste une succession de talus, de creux, de zones boisées qui se ressemblaient toutes. Orianne avançait depuis un moment, les pas calmes mais de plus en plus incertains.
Elle consulta sa carte. Sa boussole, elle, restait parfaitement immobile. L’aiguille tremblait à peine, comme figée dans le doute.
Elle s’arrêta. Le silence était complet. Même le vent avait cessé. La nuit était tombée sans bruit, et la clarté pâle de la lune glissait sur les herbes courtes de la colline. Orianne avait trouvé un replat abrité, entre deux blocs de pierre, où le vent passait sans force. Elle rassembla quelques branches sèches trouvées plus tôt, alluma un petit feu et s’assit près de la flamme, les genoux repliés contre elle.
Le ciel au-dessus d’elle était plus dégagé qu’elle ne l’aurait cru. Les étoiles y brillaient par centaines, nettes, familières. Certaines formaient des lignes connues, d’autres dessinaient des formes qu’elle n’avait pas vues depuis longtemps.
Elle sortit sa carte, la posa à plat sur ses genoux. Certaines sections portaient des annotations laissées par Benoît. Des flèches, des cercles, et parfois une simple lettre inscrite près d’un tracé d’étoiles.
Un alignement. Une direction. Une confirmation.
Elle sut vers où aller au matin.
Lumi était couché non loin, les yeux mi-clos, le museau levé vers les astres comme s’il rêvait lui aussi de traversées nocturnes. Le feu claquait doucement, repoussant le froid sans troubler le silence. Autour d’eux, la nuit n’était pas inquiétante. Elle était claire, simple, et pleine de choses anciennes qui veillaient.
Orianne replia la carte, souffla lentement sur les braises, et s’installa contre son sac. Demain, elle partirait tôt, guidée par les étoiles qu’ils avaient toutes deux regardées.