Elle se redressa lentement, le cœur battant. La clé était là, si proche, de l’autre côté de la porte. Orianne parcourut du regard les alentours, jusqu’à apercevoir une trappe à demi dissimulée derrière un rideau de corde et de toile. Lumi la suivait de près, frôlant le sol à pas feutrés, les sens en éveil. Elle s’y faufila, rampa dans un passage étroit entre les parois du navire, et après quelques minutes dans l’obscurité, elle atteignit l’arrière de la pièce. Un carreau de bois, à peine fixé, céda sous la pression de ses doigts. Elle glissa à l’intérieur, silencieuse, presque retenue par la lourdeur de l’air. La clé reposait là, sur un support en fer forgé, baignée d’une lumière tamisée émanant d’une lanterne suspendue. Son métal, patiné mais intact, était gravé d’un motif discret : une rose des vents.

Orianne tendit la main et la saisit.

Au moment où ses doigts se refermèrent sur l’objet, la lueur vacilla légèrement, et un frisson parcourut les parois du navire. Rien de menaçant. Plutôt une acceptation, une forme de passage. Comme si la clé avait reconnu sa détentrice. Lumi, tapi près de l’entrée, leva brièvement la tête, comme s’il avait perçu ce changement subtil.

De retour dans sa cabine, elle fouilla le vieux coffre de Benoît. Les cartes qu’elle y avait trouvées plus tôt étaient éparpillées, certaines annotées d’une main de son amoureux disparu. L’une d’elles, plus ancienne, était marquée d’un symbole identique à celui de la clé. Un cercle, au centre duquel était dessinée une île minuscule, à peine visible, avec ces mots griffonnés en marge : “Ce qui est perdu éclaire ce qui doit être trouvé.”

Sans attendre, Orianne traça le cap à l’aide d’un astrolabe tandis que la boussole commenca à vibrer doucement dans sa main, l’aiguille tournant lentement… avant de s’immobiliser, droite, déterminée.

Lumi s’installa à l’avant du navire, la queue enroulée autour de ses pattes, les yeux fixés sur l’horizon. Orianne hissa la voile, le vent s’engouffra dans les cordages avec un souffle nouveau. Le drakkar fendit les vagues, emportant Orianne vers ce lieu oublié, guidée par les indices de Benoît et cette clé, à la fois symbole et promesse.